Les effets de l'apprentissage et de l'enseignement sur le cerveau

Lors du 27e congrès pédagogique de l'Association québécoise des enseignantes et enseignants du primaire (AQEP) au Centre des Congrès de Québec, Steve Masson, professeur à l'Université du Québec à Montréal, a offert une présentation sur les effets de l'apprentissage et de l'enseignement sur le cerveau.

Vous avez probablement souvent entendu cette phrase lors d'une discussion :

« La recherche sur le cerveau dit que... ».

La vulgarisation et la diffusion des résultats des récentes recherches sur le cerveau nous offrent l'opportunité de revoir les grands principes pédagogiques inhérents à l'apprentissage et à l'enseignement. Les précieuses informations issues des recherches nous obligent aussi à faire des liens avec les efforts déployés pour utiliser les TIC au profit des apprentissages en classe et à la maison. Tout pédagogue doit être à l'affut des avancées dans le domaine. Par contre, cet engouement pour les neurosciences engendre parfois certains neuromythes trop facilement véhiculés. Vous avez entendu parler des intelligences multiples? Des styles d'apprentissage? De la dominance hémisphérique? Nos sources proviennent-elles de méta-analyses?

« Il y a quelques années, la pertinence de s'intéresser au cerveau en éducation était plutôt limitée. Intuitivement, les chercheurs, les enseignants et les autres intervenants du milieu de l'éducation se doutaient bien de l'existence d'un lien important et profond entre le cerveau et les apprentissages scolaires. Cependant, ce lien n'était ni clair, ni appuyé par des connaissances scientifiques solides... Grâce aux avancées considérables de l'imagerie cérébrale et des neurosciences en général, cette situation a considérablement changé. »  Steve Masson

Trois grandes découvertes sur le cerveau ont été présentées par Steve Masson lors de cette présentation :

Découverte n1

L'apprentissage modifie l'architecture du cerveau.

Le cerveau fait preuve de plasticité tout au long de la vie. Nous savons que le cerveau est malléable au cours de la petite enfance, mais aussi que de nouvelles connexions peuvent être créées par l'apprentissage, d'autres se défaire, se renforcer ou s'affaiblir. Le cerveau s'adapte à son environnement en modifiant son architecture. C'est grâce à l'imagerie cérébrale que ces observations sont permises.

Découverte no 2

L'architecture du cerveau influence l'apprentissage.

Par exemple, lorsqu'un élève apprend à lire, il possède déjà une architecture cérébrale définie. Pour apprendre à reconnaitre les lettres et les mots, la région cérébrale sera modifiée. Cependant, lire, ce n'est pas que reconnaitre des lettres, des mots. Pour acquérir de nouvelles compétences comme donner du sens à ce qui est lu, l'élève doit « recycler » une partie de son cerveau et créer des connexions nouvelles.

Découverte no 3

L'enseignement influence les effets de l'apprentissage sur le cerveau.

Par les choix pédagogiques faits, les intervenants en éducation peuvent avoir un effet sur la plasticité, le recyclage neuronal et la capacité d'inhibition de leurs élèves. L'inhibition, c'est le fait de prévenir les apprenants de l'existence de pièges et de leur apprendre à faire attention aux réponses « tentantes », mais incorrectes. En d'autres mots, développer la capacité de contrôler le chemin que prennent les neurones pour ne pas faire les mêmes erreurs.

Steve Masson nous met en garde contre 3 neuromythes, croyances erronées sur le fonctionnement du cerveau. 

  1. Les personnes apprennent mieux quand elles reçoivent l'information dans leur style d'apprentissage préféré (auditif, visuel, kinesthésique, etc.). Selon l'étude de Pashler, McDaniel et Bjork (2008), il n'y a pas de preuve adéquate pour justifier l'utilisation des styles d'apprentissage dans les pratiques éducatives.
  2. Il y a des différences au niveau de la dominance hémisphérique (cerveau gauche, cerveau droit). Selon l'étude de Nielson et al. (2013), leurs données ne sont pas compatibles avec l'idée que certaines personnes sont plus « cerveau gauche » ou « cerveau droit ».
  3. Une intervention pédagogique basée sur le cerveau est nécessairement une bonne intervention (ex. Brain Gym). L'étude de Spaulding, Mostert et Beam (2010) affirme que Brain Gym est fondé sur des hypothèses théoriques invalidées et qu'il n'existe aucune recherche empirique de qualité validant ses présentions.

Les enseignants ayant le plus de connaissances sur le cerveau sont aussi ceux qui ont le plus de neuromythes, car ceux-ci proviennent de magazines et de livres populaires consultés par ces enseignants. En effet, le professeur nous invite à rester prudents face aux parutions sur le cerveau puisque bien souvent, ces articles ne sont pas validés par la recherche scientifique.

Enfin, une bonne nouvelle? Le cerveau de TOUS les élèves fait preuve de plasticité, donc les difficultés scolaires sont des défis possibles à relever. À cet effet, les enseignants sont importants! Le défi est grand : faire des choix pédagogiques pour aider les élèves à développer leurs connexions neuronales! Comment?

  • La répétition est nécessaire (les neurones doivent s'activer à de nombreuses reprises comme un sentier dans une forêt).
  • Il faut montrer aux élèves comment étudier (surligner, relire n'est pas suffisant).
  • Il faut espacer et répartir les périodes d'enseignement.
  • Les facteurs non scolaires jouent un rôle dans l'apprentissage (sommeil, activité physique, nutrition, etc.)
  • Prévenir les élèves de l'existence de pièges est aidant (attention à l'intuition spontanée).
  • Développer l'inhibition en jouant à des jeux de contrôle est aidant (ex. : Jean dit... Go/No-go, etc.)
  • Offrir de la rétroaction positive plutôt que négative jusqu'à l'adolescence est favorable
  • À ce sujet, la rétroaction se révèle un facteur important pour la réussite scolaire dans le tableau synthèse résumant les 800 méta-analyses de John Hattie

Ressources :

 

  • Pour devenir membre de l'association pour la recherche en neuroéducation (ARN) et recevoir, par courriel, un résumé des faits marquants dans ce domaine
  • Lire l'article complet de Steve Masson
  • Article : Ces neuromyhtes qui persistent dans nos écoles, par Alexandre Roberge sur Thot Cursus
  • 4 piliers de l'apprentissage qui déterminent la vitesse et la facilité d'apprentissage (l'attention, l'engagement actif, le retour d'information, la consolidation)
  • Liste des facteurs pour la réussite scolaire de John Hattie (800 méta-analyses)
  • Une présentation visuelle des travaux de John Hattie (en anglais)
  • Consulter la présentation de Steve Masson (.pdf et vidéo) :