Usages du numérique dans les écoles québécoises

Le CEFRIO (Centre facilitant la recherche et l'innovation dans les organisations, à l'aide des technologies de l'information et de la communication) publie une recension des écrits, en date du 13 février, au regard de l'apport des technologies et des ressources numériques à l'enseignement et à l'apprentissage. Depuis plus de 25 ans, le CEFRIO accompagne les organisations publiques et privées dans la transformation de leurs processus et pratiques d'affaires par l'appropriation et l'utilisation du numérique. Il est mandaté par le gouvernement du Québec afin de contribuer à l'avancement de la société québécoise par le numérique. Retour sur treize constats intéressants.

« Une technologie, une fois accessible en classe, se fait assimiler à la culture de classe qui prédomine. »

Cette recension porte sur :

  • Les pratiques pédagogiques et les résultats d'apprentissage des élèves (plan MICRO)
  • Les choix organisationnels (achats de tablettes, TNI, etc.) (plan MÉSO)
  • Les documents de portée nationale (plans ministériels) (plan MACRO)

D'emblée, il est important de retenir que de l'ensemble des métaanalyses explorées, les intentions et pratiques pédagogiques de l'enseignant, l'usage fait par l'enseignant et les élèves des technologies ou de ressources numériques et l'apport constaté sur les résultats d'apprentissage demeurent au centre des préoccupations.

Treize tendances sont présentées au lecteur.

Tendance 1 : La prudence qui règne en formation initiale et continue des enseignants

Il y a un désaccord à savoir si les élèves nés à l'ère numérique ont besoin ou pas d'un haut niveau d'utilisation des TIC en classe. Les universitaires entretiennent des réserves lorsqu'il est question d'accorder une plus grande place à la formation aux usages des technologies et ressources numériques dans les programmes de formation initiale.

Au plan MICRO

Tendance 2 : L'apprentissage hybride s'installe en classe

L'usage que l'élève fait des technologies ou de ressources numériques de manière combinée à l'enseignement offert par son enseignant et sous sa guidance permet d'étayer l'apprentissage, de fournir de nouvelles possibilités et de favoriser la réussite.

Tendance 3 : L'individualisation de l'enseignement au moyen du numérique s'accentue

Les logiciels et les environnements numériques d'apprentissage, de plus en plus performants (par exemple, les rétroactions fournies à la suite de l'action de l'élève à l'écran) créent des situations d'apprentissage qui respectent le rythme des élèves et qui peuvent se produire en différents temps. Des exemples concrets en mathématiques, en sciences et pour l'apprentissage des langues par les élèves en difficulté sont répertoriés. L'action médiatrice du parent pour les apprentissages faits à la maison se révèle tout aussi précieuse que celle de l'enseignant.

Tendance 4 : Les outils et ressources numériques de type « grand public » pénètrent dans la classe

Recherches sur le Web, rédaction de textes (courriels, blogues, wikis, forums), fréquentation de ressources disponibles sur le Web, planification à l'aide d'un outil numérique de réseau de concepts et projets multimédias n'exigent qu'un écran, un fureteur et une connexion stable. Ce sont les logiciels commerciaux populaires qui sont maintenant les plus utilisés (Plomp, Anderson, Law et Quale, 2009).

Tendance 5 : Le défi d'enseignement à relever : faire apprendre en profondeur

Darling-Hammnod et al. (2008) montrent l'intérêt de relever le défi de faire apprendre en profondeur et à des fins d'apprentissage plus solides et de rétention à long terme. L'apprentissage par projets, des tâches de groupe qui s'étendent dans le temps, développer la pensée critique, faire participer les jeunes aux décisions sont des exemples de pratiques utilisées par les enseignants pour favoriser l'apprentissage en profondeur.

Tendance 6 : L'apprentissage entre pairs est facilité par l'usage de plateforme de collaboration

Plusieurs recherches montrent la pertinence de l'interaction entre pairs pour faire apprendre et de l'usage, à cette fin, de plateformes de collaboration. L'apprentissage en profondeur et la capacité métacognitive en bénéficient même si collaborer demeure difficile. Ça s'apprend! Il faut travailler les croyances culturelles, installer une pratique de collaboration, favoriser les relations socio-techno-spatiales et permettre des interactions avec le monde extérieur.

Tendance 7 : La présence émergente de la coélaboration de connaissances dans l'école en réseau

La coélaboration de connaissances met au centre du discours de la classe les idées des élèves et sous la guidance des enseignants, ils choisissent un problème et tentent de le résoudre. Créer une communauté de chercheurs, un savoir collectif afin de démocratiser le savoir, tel est le défi!

Il faut retenir de ces 7 tendances que le concept d'interaction/interactivité est incontournable pour comprendre l'apport des technologies et des ressources numériques.

Au plan MÉSO

Tendance 8 : De l'école branchée à l'école en réseau

En 1997, le document « Pour une école branchée » est acheminé aux directions d'établissements scolaires  afin  de faire voir les nouvelles possibilités d'usage de l'infrastructure technologique en voie de se déployer dans les écoles du Québec. Le concept « École en éloignée en réseau » verra ensuite le jour pour permettent que deux écoles et plus travaillent en collaboration au regard de l'écriture comme à l'oral.

Tendance 9 : D'un mode réceptif à un mode participatif dans la classe 2.0

Les tableaux verts remplacent les TNI et, selon la capacité des enseignants à se servir des ressources numériques disponibles et de leur compétence à faire participer les élèves, voire dans une classe bien organisée (temps, espace, matériel, temps), les occasions de s'engager et de participer sont multipliées.

Tendance 10 : De l'intégration des TIC à l'apprentissage amélioré par la technologie (AAT)

L'attention se porte de plus en plus sur l'AAT plutôt que sur l'intégration des TIC. L'ATT, c'est le développement et l'évaluation de moyens novateurs des TIC pour améliorer le processus d'enseignement et les résultats sur les apprentissages, bref, le numérique en appui au pédagogue dans sa classe en réseau.

Tendance 11 : Des systèmes scolaires engagés dans une transition d'importance

Une transition d'envergure s'avère nécessaire (curriculum, pratiques pédagogiques, évaluation, etc.) et concerne tous les acteurs de l'éducation.

Au plan MACRO

Tendance 12 : Des initiatives d'envergure sont déployées

Les différents pays et organismes se dotent de stratégies pour mettre les écoles en réseau et favoriser l'usage des technologies et ressources numériques pour l'enseignement et l'apprentissage.

Tendance 13 : De nouvelles formes d'iniquité apparaissent

L'inclusion numérique préoccupe, car la fracture numérique s'agrandit, mais une fracture pédagogique est observable là où les technologies et ressources numériques sont présentes. Les auteurs rappellent le défi de trouver un équilibre entre la personnalisation de l'enseignement et sa contrepartie, apprendre ensemble. Chaque nouvelle grande technologie est source d'iniquité.  Il faut prendre des décisions éclairées, appuyées par la recherche et l'expérience terrain.

Enfin, les auteurs réitèrent le fait que les technologies et les ressources numériques sont d'un apport précieux lorsqu'elles sont bien utilisées, mais des besoins de formation sont inhérents afin d'en tirer avantage en classe. Tous les acteurs du milieu de l'éducation sont concernés et doivent se doter d'un cadre de référence.

« Face au monde qui change, il vaut mieux penser le changement que changer le pansement. » Francis Blanche

Ressources à consulter

  • Rapport du Cefrio du 18 août 2015 au regard de l'équipement des foyes québécois : un nouveau sommet pour les appareils mobiles

  • Document complet Usages du numérique dans les écoles québécoises (.pdf)